Une femme d’influence: The Iron Lady
De Phyllida Lloyd | Drame
Entre sourires charmeurs et froncements de sourcils rageurs, le destin politique et la vie familiale de l’une des personnalités les plus charismatiques du XXème siècle, et un nouveau rôle à Oscar pour l’infatigable Meryl Streep.
Critique: Luca Da Pare
Lorsqu’elle décide de renoncer à faire campagne pour tenter de décrocher un quatrième mandat en 1990, Margaret Thatcher referme une page d’Histoire ouverte en 1959, lors de son accession surprenante à la Chambre des communes. Celle que le monde nomme La Dame de fer depuis qu’elle a tenu tête au communisme quitte la scène politique avec une amertume tout juste édulcorée par un bilan aussi remarquable que controversé. La fin d’une ère pour cette fille d’épicier devenue dirigeante mondiale, le début d’une autre pour la Grande-Bretagne, et surtout le départ d’un symbole, incarné par une femme tour à tour adulée et haïe, peut-être plus qu’aucune autre avant elle. Tout cela valait bien un film.
C’est à la réalisatrice du succès planétaire Mamma Mia! qu’est revenue la tâche de mettre en scène le destin de Margaret Thatcher. Une tâche que la Britannique relève avec brio, choisissant d’axer son récit sur quelques jours au cours desquels Margaret décide de se défaire des vêtements ayant appartenu à son défunt mari, Denis. De nombreux flashbacks, issus de la mémoire de l’ancienne Premier ministre et vécus à travers ses yeux, nous font vivre les instants forts de la carrière de « Maggie ». S’y succèdent ses débuts en politique, alors qu’elle n’est qu’une jeune femme ambitieuse et déterminée bien décidée à faire entendre sa voix, puis sa fulgurante accession au poste de leader du Parti conservateur, suivie de son élection au poste de Premier ministre. Un poste qu’elle occupera durant plus d’une décennie, et qui la verra confrontée à des défis socioéconomiques et politiques d’une ampleur inimaginable.
Dans la peau de cette femme hors du commun, on retrouve avec délice l’immense Meryl Streep, déjà dirigée par Phyllida Lloyd dans Mamma Mia !. Métamorphosée en vieille femme se remémorant les temps forts de sa carrière, l’actrice accède à un véritable état de grâce. La ressemblance avec Margaret Thatcher est frappante, de la coupe de cheveux à la dentition, et même son accent, très convaincant, et sa voix surprenante renvoient immédiatement à Maggie, dont on se plaît à revisiter le passé d’une manière aussi pertinente et juste. Un passé marqué par le combat, le deuil, et les débordements d’énergie consacrés à relever un pays tout entier. Lloyd ne cherche pas à prendre parti, se bornant à reconstituer certains discours célèbres, s’immiscant au sein de la salle de réunion ministérielle de l’administration Thatcher, mettant en exergue les tensions sucitées par ses décisions dès les premiers mois de son accesion au poste de Premier ministre.
Là où la réalisatrice s’autorise quelques libertés, c’est lorsqu’elle filme Margaret dans son intimité, celle d’une femme frappée par l’Alzheimer, vivant quasi recluse, quotidiennement confrontée à ses fantômes, et surtout incroyablement seule. Ces scènes, purement fictionnelles (ou du moins écrites en ne se basant que sur les confidences de la fille de Margaret Thatcher, qui a révélé sa maladie au public), s’avèrent d’une puissance émotionnelle bouleversante. Le ton est juste, le portrait touchant, et l’on ne peut retenir un élan d’affection pour cette femme ayant dédié sa vie au pouvoir et à sa nation.
L’heure n’est cependant pas au jugement, et il n’est jamais question de prendre position quant aux décisions les plus marquantes jadis prises par Margaret Thatcher. Car une fois redevenue simple citoyenne – bien qu’ayant été anoblie par la Reine –, ne reste de la Dame de fer qu’une enveloppe charnelle fatiguée par des années de lutte incessante. Seul lui tient compagnie le fantôme de son époux (magnifique Jim Broadbent), duquel elle rechigne à se séparer, tant elle s’efforce de rattraper enfin le temps qu’elle n’a pas su consacrer à sa famille. Le récit prend fin comme il avait débuté, avec une Margaret aussi vulnérable qu’elle était jadis imposante. Mais qui demeure la tête haute, et l’esprit vif.
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