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Avaaz, l’action citoyenne à portée de clic

Fondée en 2007 seulement, l’organisation d’envergure mondiale basée à New York a récemment dépassé le cap symbolique des dix millions de membres. Des individuels de tous pays, réunis dans une vague collective qui fait trembler les gouvernements et les multinationales. Le mouvement est en marche et ne semble pas prêt de s’essouffler.

Texte : Luca Da Pare


Il y a d’abord ce nom, Avaaz. Un mot sympathique, vaguement barbare, presque comique, derrière lequel on cherche en vain les composantes d’un acronyme pompeux. Peine perdue : Avaaz, comme l’annonce l’organisation elle-même, signifie « la voix » dans de nombreuses langues. Tout un symbole, mais surtout l’illustration d’une volonté brandie en étendard depuis le premier jour : celle de faire résonner aux quatre coins du monde la voix des milliards d’êtres qui peuplent notre planète, et que les dirigeants et autres hommes de pouvoir peinent bien souvent à entendre.


Qu’à cela ne tienne. Si les grands de ce monde ne sont pas capables de percevoir le brouhaha des foules, il suffit de rassembler ces dernières pour les faire parler d’une seule voix. À cet égard, Avaaz constitue la plus formidable incarnation d’une maxime vieille comme le monde : l’union fait la force. Et s’il est bien évidemment permis d’en douter, un coup d’œil sur la très jeune histoire de l’organisation devrait suffire à convaincre même les plus sceptiques. En tout juste cinq ans, Avaaz et ses cohortes de membres peuvent se targuer d’avoir œuvré à l’organisation de plusieurs dizaines de millions d’actions individuelles et d’avoir mené un grand nombre de campagnes de mobilisation à travers le monde, avec comme point commun l’utilisation frénétique, centrale au fonctionnement du mouvement, du plus grand réseau de communication jamais créé par l’Homme : Internet.









Car Avaaz est avant tout un mouvement d’action citoyenne que l’on pourrait qualifier d’ONG 2.0. Rassemblant ses membres derrière des pétitions massives et autres actions coup de poing (envoi de mails et appels téléphoniques aux chefs d’état et d’entreprises, manifestations publiques de grande envergure), l’organisation est parvenue à acquérir un statut de leader mondial de la web mobilisation grâce à une méthode aussi simple que redoutablement efficace. Les membres d’Avaaz ne reçoivent en fait qu’une banale newsletter (environ une chaque semaine) présentant avec clarté et concision une campagne récente pouvant porter sur la protection de l’environnement, la défense des espèces animales en danger, un faits divers particulier illustrant les tensions sociales propres à un pays ou une région particuliers, ou tout autre thème se prêtant bien à une mobilisation mondiale en vue d’une prise de conscience généralisée. Le récipiendaire du message n’a ensuite qu’à cliquer sur le lien l’invitant à signer la pétition en question, puis à entrer son adresse e-mail sur la page de la campagne, et le tour est joué. En arrière-plan, on voit apparaître les noms ou pseudonymes des personnes ayant récemment signé la pétition, ainsi que leur pays d’origine (Avaaz revendique des membres dans 193 pays). Le sentiment d’appartenir à un mouvement d’envergure mondial est ainsi renforcé par cette exhibition d’une forme de révolution instantanée et planétaire. Idem pour la récolte de fonds – Avaaz déclare n’accepter d’argent d’aucun pays ou mécène d’aucune sorte, et se finance uniquement grâce à ses membres, qui reçoivent une fois par mois une invitation à verser une somme, même infime, sur les comptes de l’organisation. Là aussi, la méthode se révèle clairement payante ; selon les chiffres disponibles sur le site du mouvement, plus de quinze millions de dollars ont été récoltés depuis 2007, principalement affectés depuis à de nombreux projets menés aux quatre coins du globe – notamment au soutien logistique et technologique de mouvements démocratiques dans divers pays en développement.


Si l’on est en droit de s’interroger sur les mérites d’une organisation dont les membres se réduisent en fait à de simples « cliqueurs » a priori passifs, on ne peut ignorer la puissance d’un mouvement désormais capable de récolter plus d’un million de signatures uniques en seulement 24 heures. De plus, Avaaz – qui emploie à peine une cinquantaine de personnes dans ses bureaux situés dans une trentaine de villes du monde – a depuis longtemps déjà démontré son potentiel lors de manifestations publiques savamment orchestrées (comme le 21 septembre 2009, où des milliers de personnes à travers le monde ont ensemble fait résonner une « alarme climatique » destinée à attirer l’attention des dirigeants sur le sort du climat, où lorsque un compteur géant a été installé aux abords du quartier des affaires de New York, dénombrant en temps réel les personnes ayant signé la pétition « Le monde contre Wall Street »). Un mouvement capable de rassembler à la fois sur Internet et dans les rues, et l’espérance, désormais partagée par des milliers de membres dans le monde entier, de parvenir un jour à faire plier les gouvernements les plus intraitables. C’est en tout cas le but que s’est donné Avaaz et son comité opérationnel, et l’avenir leur donnera sans doute raison, bien que la mobilisation telle que la propose le mouvement ait forcément ses limites, encore à déterminer.


À l’heure où paraissent ces lignes, le mouvement est en passe de franchir la barre des douze millions d’adhérents. Un chiffre impressionnant, et pourtant ridicule compte tenu du nombre de personnes possédant aujourd’hui de quoi se connecter à Internet. Le moment est peut-être venu de rejoindre vous aussi cette voix dont l’écho ne cesse de s’amplifier jour après jour.


Pour en savoir plus:
Avaaz


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Tags: Avaaz, Luca Da Pare, mouvement, ONG
Article paru le 24.01.2012 à 09:04 Uhr

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