L’Exode (1) - La fuite
L'exotisme est partout là où on se l'imagine, et partout là où on l'on croit méconnaître. Mais l'inconnu c'est parfois juste là en-bas, dans les plaines... L'exotisme de l'inconnu et l'inconnu de l'exotisme ont un nom: le désir. Une nouvelles de Jessica Da Silva Villacastin. Première partie.
Texte et photo: Jessica Da Silva Villacastin
Boire un verre et le ciel du regard n’était pas s’attarder en rêveries peu bavardes. Les mains lourdes dans ses poches, à chaque pas ses pieds s’enfonçaient plus profondément dans la terre battue. Il aurait pu sembler nonchalant, pourtant ses mèches frivoles gambadaient, brebis galeuses, sous le vent des premiers éveils du printemps. De même ses yeux trop éveillés s’apparentaient aux miroirs convexes, qui reflètent plus de vie que la vie elle-même ne vous en aveugle. Des mains. Hermaphrodites presque, alliant force et sagex. Tête au lever modeste, tant de pur et de non prémédité relevait son port à l’hautain. A un certain moment, on le vit déposer son sac rouge sur l’herbe fraîche, où il fit escale et roula une cigarette et ses yeux vers le ciel.
Son baluchon comprenait bien peu de choses : modeste casse-croûte, attirail à tabac, quelques pièces d’argent, une photo de son père et le recueil de poèmes de Lucien. C’était bien léger et parfait ainsi. Qui sait, peut-être flânerait-il davantage qu’il ne marcherait et n’atteindrait que la ville au surlendemain. On lui avait parlé de cette ville qui s’étendait telle une fourmilière sur les plaines, au pied du versant inconnu. Des cases qui s’apposaient, ressemblantes : imposantes de part leur arrangement ordonné. Et surtout des nuits trop illuminées où les souffles se mêlent et l’argent assourdit en s’entrechoquant sur les tables, humides de bière. Celui qui revenait à Cercail à la saison des moussons parlait d’inexistence de solitude sur la plaine, de facilité des choses avec les femmes, de leur impudeur et leur sophistiqué falbalien. Tout vice était béni.
Au début, dans la pulsion de quitter Cercail, il s’était mis à courir à l’allure de l’élan, dévalant la vallée des groseilles à grands sauts, trottinant sur les sentiers qui zigzaguent, galopant sur les plaines dégagées, roulant sur l’herbe fraîche des bas prés jusqu’à ce que sa respiration s’accélère davantage que ses pieds ne battent le rythme. Il gouttait la rosée du matin de ses doigts et celle salée de ses lèvres; il quitterait le corps humide de sa Terre mère et avait déjà laissé derrière lui bas-ventre et seins. Il s’était alors retrouvé au creux des pins, dans la chaleur de la sève odorante, où il se retournait au moindre crissement de ses pieds sur ce duvet de fakir d’aiguilles de pin jaunies. Poumon mort-vivant. Etouffement d’essences et des sens. Il n’était jamais allé autant aval. Là-haut les rayons de Râ se laissaient bercer bien au-dessus de leur tête, la lumière était trop éclatante et la chaleur inexistante. Étouffement. Torse nu, il serra plus fort dans sa paume son baluchon qui glissait. Accélération du pouls.
Alors que l’aube menaçait de tomber, la cascade ne montrait toujours pas la fin de sa chute et son fromage succombait aux enfers des degrés. De ses doigts devenus moites, il se déchaussa à la hâte et trempa ses pieds meurtris auprès de la cascade aux chutes incessantes.
À suivre…
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Article paru le 25.01.2012 à 11:03 Uhr