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L’Université au temps du choléra

Coup de projecteur sur l'Université de Port-au-Prince, une institution qui malgré la pauvreté et les catastrophes successives, s'emploie depuis vingt-huit ans à la mise en valeur et au développement des ressources humaines en vue de la promotion du développement économique, politique, culturel et social d’Haïti.

Texte: Raphael Fleury
Photo: Parcelle sur laquelle était construit l’un des bâtiments de l’Université de Port-au-Prince avant le séisme (Istock).


Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde. Ici, la criminalité et la corruption ont pignon sur rue. Le 12 janvier 2012, certains ont dû jurer que Dieu détournait définitivement son regard de ce lopin de terre embourbé dans une misère crasse : un séisme écrasait la République, et notamment Port-au-Prince. Plus de 200’000 morts, plus d’un million de sans-abris. Suivit une épidémie de choléra. Quelque 6’500 morts. Mais qui s’en souvient encore ? Peut-être quelques-uns. Mais qui s’en soucie encore? Silence. Et là-bas, oui, là-bas à Port-au-Prince, il existe un lieu de savoir qui n’est autre qu’une université. Lumière sur un endroit qu’on ne doit pas oublier.


Il suffit que les médias éteignent leurs projecteurs pour qu’une région, un pays ou un continent entier s’efface des consciences. Anne Nivat l’a justement souligné le 25 janvier à Neuchâtel, lors d’une conférence publique. Reporter de guerre, elle a couvert la Tchétchénie, l’Irak, l’Afganhistan, au service d’un journalisme que l’on peut qualifier de noble et vertueux, à contre-courant du « mainstream ». Autrement dit : un journalisme qui se perd.


BP larguant sa diarrhée noire dans le Pacifique états-unien, Fukushima et ses monstres nucléaires n’intéressent presque plus personne. Qui alors peut bien se soucier encore d’Haïti ? Ce nonobstant, nous voulons sortir le pays de l’ombre, et en particulier son université, ne fût-ce que pour la mémoire et pour l’espoir. « Lumière » rime avec ces termes. Du reste, et si nous le pouvions, nous prendrions l’avion sur-le-champ : voilà qui serait réellement témoigner.









A Port-au-Prince, une université existe depuis 28 ans. Qui, ici, s’en serait douté ? Aujourd’hui, elle compte cinq facultés et quelque cinq mille étudiants. Ce n’est pas négligeable. Les facultés ? Sciences informatiques, Lettres et sciences humaines, Sciences économiques, Sciences juridiques. De quoi trouver satisfaction, sans doute.


Partir étudier à l’université de Port-au-Prince, une utopie ? Pas si sûr. Il y a bien des accords avec la Colombie, et ce ne sont ni les cartels de drogue ni les fusillades qui manquent là-bas. Mais qui serait prêt à tenter l’aventure ? La question reste ouverte. Toujours est-il qu’il pourrait être intéressant de discuter du sujet avec l’administration universitaire suisse. Ce n’est en tout cas pas la langue qui ferait obstacle, puisque le français y est l’une des langues officielles. En attendant, on peut toujours rêver d’obtenir un jour des crédits en Haïti et revenir vivant au pays.


En général, à l’université, on compte le nombre de diplômés, pas celui de morts ; on distribue les congratulations, non les condoléances. Mais parfois, l’heure est aux épitaphes. Nous parlions du séisme de janvier 2012. La nature, sauvage et dépourvue de conscience, frappe aveuglément. Partant, de nombreux étudiants ont perdu la vie. Le site officiel de l’université de Port-au-Prince, en guise de mémorial, donne accès à la liste des morts. Pour nous autres, ces noms semblent dépourvus de substance. Il n’en demeure pas moins que des êtres de chair et d’os se trouvaient derrière eux ; des étudiants, en somme, tout à fait semblables à nous autres. Autrement dit, ces noms, ce sont les nôtres ; derrière chacun d’eux, ce sont nos ombres, nos silhouettes ou nos gestes qu’il faut distinguer, sinon notre clair visage. C’est dans ce dessein que nous donnons les noms des victimes, ci-après.

Liste partielle des victimes

Alriche Dreffus ; Antoine Yolène ; Archelus Kenase ; Auguste M. Huma ; Augustin Naromie ; Avena Flory ; Bazile Villa ; Benjamin Jean Yves ; Boulay Marie Bertha ; Cadely Bertina ; Cadely Yolette ; Cadette Sauveur ; Calixte E. Emmanuella ; Casséus Laïca ; Charles Marie Kathie ; Cochir Suze nadia ; Dauphin Lucianie ; Dazule Estua ; Déus Mickerlange ; Deshormes Josiane ; Dieu Juste Bridson ; Dieudonné Jordany ; Dorelus Nadine ; DRY Nadia ; Durolien Marie Mirca ; Dutélus Nadine ; Fenelon John Wolf ; Fils Mario ; Fontin Sophia ; Fonty Friztner ; Frédéric Fredly ; Gilles Junia Félix ; Jérôme Marc-Eddy ; Jean Louis Simone ; Jeanty Louis Raymond ; Joseph Enel ; Joseph James ; Laîné Valery ; Lamarque Immacula lourde ; Lattaque Michelène ; Licette Enock ; Louis Naomie ; Lubin Gary ; Marcelin Peterson ; Mathieu E. Gloria ; Millien Jn Claude ; Moncher Rosny ; Nerette Samy ; Orélus Roulben ; Paul Marie catherine ; Paul Marie Catherine ; Paul Geradine ; Pauléus Patrick ; Payen Judith ; Pierre Altidor ; Pierre Stéphane ; Pierre Leevenson ; Pierre Gerline ; Pierre Gerard Jules ; Raymond Jeanatha ; Sama Guerline ; Sama Guerli ; Thénésias Aciénise ; Tius Gudeline ; Toussaint Kenley ; Wagnac Lamarque immacula ; Zamor Jerk.


Pour en savoir plus: http://www.uportauprince.ht/

Tags: Mémorial, Port-au-Prince, Raphael Fleury
Article paru le 30.01.2012 à 10:04 Uhr

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