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Messaoud Zeggane, le cavalier gnawa de Zingaro

À l'occasion de la nouvelle création de Bartabas, Calacas, Jessica Da Silva Villacastin s'est rendue à Aubervilliers pour rencontrer l'un des cavaliers de la troupe. Récit en deux parties.

Texte et interview: Jessica Da Silva Villacastin
Photos: Agathe Poupeney / Photoscene.fr


10h34. Arrêt du métro « Fort d’Aubervilliers ». Un froid glacial m’accueille au sortir de la bouche du métro et un vent étourdissant me détourne. Face à moi, j’identifie vite le fort. Soulagement, la souffrance sera brève. Tel un krak des chevaliers téléporté, la forteresse de Zingaro s’inscrit étrangement dans ce quartier banlieusard, aux habitations de tailles inégales et peu sexy. Soyons francs : de prime abord le fort a une allure davantage militaire que fantasque. Mais après cette première impression, une question se pose vite au visiteur : quel mystère renferme-t-il ? Qui sont ces saltimbanques qui font rêver petits et grands amoureux du cheval de Paris à Moscou ?


Et zut, il va falloir sonner pour entrer. Et bien sonnons, nous verrons bien. « J’ai rendez-vous avec Messaoud… ». La porte s’ouvre : me voilà enfin dans l’enceinte de ce théâtre mystérieux. Messaoud Zeggane n’est pas très grand, contrairement à son sourire. Ses grands yeux me regardent, un peu rieur. Je pense qu’il a compris que je tentais de chercher des repères, que je me demandais où étaient les chevaux, sa maison, Bartabas (le chef de la troupe) et les décors. Face à l’entrée, un grand chapiteau en bois tient lieu de restaurant - ou de cantine, hors-représentations. Face à celui-ci, à ma droite, une grande écurie en bois mène au chapiteau où ont lieu les spectacles : ce sont les « arènes » de Zingaro. Derrière, une autre écurie abrite des chevaux argentins et une jument qu’ils suivent à la queue leu leu – la nature est bien faite, m’expliquera mon hôte. Halte dans l’écurie.





Les chevaux arabes et portugais côtoient paisiblement un paso fino (« pas fin ») d’Amérique latine et un pacharan américain qui a une sacré belle allure ! Ce dernier est un cheval de trait, me dit-il, mais beaucoup plus grand, d’où l’impression d’un cheval « géant ». Sa crinière noire, longue, épaisse et régulièrement ondulée, est magnifique. Le paso fino quant à lui, n’amble pas, me précise notre cavalier, c’est-à-dire qu’il a une démarche bien droite, et que le cavalier qui le monte ne sautille pas car il « tricote » quand il marche. Il a certes de l’élégance, le paso fino avec ses pattes fines et élancées. Durant le spectacle, je reconnaîtrais d’ailleurs tout deux, ainsi que les chevaux portugais, dont on avait écourté la crinière. « Je ne te montre pas plus, sinon tu n’auras pas la surprise le jour du spectacle », me dit-il en fermant derrière lui la porte du royaume des bêtes.


Au dehors, une grande caravane bicolore verte et rouge attire vite mon attention. « C’est la caravane de Bartabas, et vers l’entrée, là, c’est celle des ses enfants », m’informe Messaoud. À côté de celle-ci, se trouve un village de caravanes, délimité au loin par un potager. Suivant un petit chemin improvisé par quelques objets et plantations éphémères, j’entre dans la caravane du cavalier gnawa. C’est un petit paradis. La température est celle du désert en fin de matinée, et il y a de la place pour trente convives sur son grand divan d’angle oriental. Deux petites tables d’appoint étaient posées au centre, sur un tapis artisanal où était brodé le nom de « Zingaro ». Ce tapis était un souvenir des moines bouddhistes avec qui il avait travaillé lors du spectacle « Loungta », en 2003. Séduit par leur artisanat, Messaoud avait passé commande.





« Veux-tu un café ? Comment ? », me dit-il. Je m’empresse de lui répondre que j’en prendrais bien plusieurs ! Et notre hôte de me présenter tous les parfums (capsules) dont il dispose. La matinée promettait en effet d’être agréable, d’autant plus qu’un rayon de soleil s’était timidement montré sur la table autour de laquelle nous nous étions installés. Et puis nous avions déjà trouvé deux passions communes avant même d’avoir commencé à parler de sa vie au sein de Zingaro : « J’irai dormir chez vous », l’émission du globe-trotter Antoine de Maximy, et le Maroc…


Interview à suivre.

Tags: Bartabas, chevaux, Jessica Da Silva Villacastin, spectacle, Théâtre équestre, Zingaro
Article paru le 15.02.2012 à 09:45 Uhr

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