Un soleil contre l’enfer, partie II
Une fois par mois, retrouvez Cercle vicieux, la chronique du sieur Fleury. Une réflexion à la première personne sur le mode de la dérision. Aujourd’hui, le sieur Fleury s’attaque au plexus solaire, à la respiration et à l’hyperventilation, qui ont tous un lien étroit avec le ventre et sa santé.
Texte : Raphael Fleury
« Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux ! » [Ionesco]
Je l’entends, le cri : « Hyperventilation, what the fuck ? » Pour faire court, disons que faire de l’hyperventilation, c’est ne respirer plus que de façon superficielle, par les poumons ; l’air n’atteint plus le ventre, et l’épouvantable sentiment de noyade surgit bientôt. Rien de bien méchant, je le disais. Sauf que, comme le dit le cher livre de Dinah Bradley, bientôt tout l’organisme, toutes ses fonctions en prennent pour leur grade. Les symptômes forment un cortège haut en couleur. Les troubles et douleurs neurologiques apparaissent. Manger et parler, bêtes activités, deviennent une gageure. Se mouvoir devient extrêmement éprouvant. Les cauchemars vifs et étranges font assaut de sauvagerie. J’en passe et des meilleures.
Alors on soigne à coup de médicaments, en vertu de la fière logique occidentale ! Les médecins vous envoient tout droit dans la gueule des pharmacies, lesquelles se pissent dessus, tant elles s’en mettent dans les poches. Eh, il faut bien faire tourner notre économie ! Sauf que le peuple est pris pour un corniaud, une fois n’est pas coutume.
Première année de Bachelor. J’ai fait une gastrite de stress, et les douleurs étaient telles dans mes entrailles que l’envie de m’éventrer s’est saisie de mon esprit. Gastroscopie, ordonnance. J’ai mangé des pilules des mois durant, et à la dose maximale. Résultat ? Les douleurs n’étaient qu’étouffées, la souffrance restait dense. Jusqu’au jour où je décidai de prendre mon ventre en main. Je me suis attaqué à la respiration abdominale, et, comme par enchantement, deux semaines plus tard les pilules ne nourrissaient plus que la poubelle, et je portais comme un charme, ou presque. Ce n’est qu’ensuite que j’ai découvert ce fameux livre néo-zélandais, qui va me permettre une rééducation en bonne et due forme. Voyez, presque aucun médecin ne vous recommande la respiration. On règle les problèmes à coup d’ordonnances. Avec un peu de chance, on sirotera bientôt de l’aspirine au bistrot du coin, la Ritalin fera fureur, et les neuroleptiques s’arracheront, dans les boulangeries, plus que les petits pains.
J’aurais aussi bien pu me foutre le tour, emporté par un mal prétendument imaginaire. Voilà qui aurait fait en même temps, et une fois de plus, les choux gras de l’Eglise et de la superstition. Catalogué possédé. Mais il se trouve que la chose a son explication comme son remède, et que je n’aurai sans doute pas à manger les pissenlits par la racine. Mince alors !
Il y a certes du pain sur la planche, mais au moins il y en a. Qu’on arrête donc de dire ici et là qu’il n’y a pas moyen de se tirer de la boue, sinon par le crucifix ou par je ne sais quelle formule magique. J’ai à pétrir la pâte et à me salir les mains, puisqu’il peut falloir des mois pour repousser l’hyperventilation. Il semble même qu’il soit aussi ardu de s’arracher à elle qu’à une drogue. Mais du moment où c’est possible, c’est heureux. « Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongées dans la merde et dans le sang. », disait Sartre. Voilà qui est pour me plaire.
Un rédacteur doit aussi parfois se mouiller, c’est ma conviction. Nous avons parlé, sur semestra, du rire et du burnout, nous parlons maintenant de la lumière. Je n’aurais alors su me taire. Un collègue et ami s’est mouillé il y a quelques semaines, c’est à présent à mon tour de le faire. Et si je le fais, c’est parce que je pense que mon témoignage a son utilité, fût-elle dérisoire. Quel est mon message, en définitive ? Je veux simplement dire que, tous, nous possédons plus d’un tour dans notre ventre, que cette vieille branche constitue un précieux allié, et pour la vie.
Va-t-on savoir, peut-être ne sommes-nous à semestra qu’une bande d’éclopés, mais en tout cas nous parions sur la lumière. Peut-être sommes-nous des imbéciles, et peut-être ne faisons-nous rien d’autre que de nous époumoner. Mais, tout imbéciles que nous puissions être, nous croyons en l’entreprise que nous menons. Et nous poursuivrons la danse sans débander.
Tags: cercle vicieux, chronique, Hyperventilation, plexus solaire, poumons, Raphael Fleury, respiration
Article paru le 23.01.2012 à 09:22 Uhr
