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Václav Havel, la lumière tchèque

Une lumière s’est éteinte il y a peu, c’était tout juste avant Noël, le 18 décembre 2011.

Texte : Raphael Fleury


A ses funérailles, les plus grandes personnalités politiques internationales ont défilé : Eveline Widmer-Schlumpf, David Cameron, Bill Clinton, Nicolas Sarkozy ou encore José Manuel Barroso étaient présents. Barack Obama et Angela Merkel, bien qu’absents, ont eu un mot et une pensée pour lui. Mais, tous sans doute, nous pouvons saluer celui qui s’en est allé. Oui, car Václav Havel n’était pas que le président de la République tchèque, il était le « président-philosophe », et même, selon l’écrivain Milan Kundera, une « œuvre d’art ».
Pour le premier thème de l’année 2012, nous aurions pu parler, à tout hasard, du Christ. Parce que Noël vient de passer, parce que le thème du mois de janvier, c’est « Lumière(s) », et parce que le Christ, selon lui-même en tout cas, n’est autre que le chemin, la vérité et la vie. Mais c’est justement parce que cette opinion ne regarde a priori que Jésus, semble-t-il, qu’il nous a paru bon de mettre en lumière une autre lumière : Václav Havel.


A vrai dire, la démarche n’est nullement hasardeuse. Plusieurs raisons nous poussent à nous arrêter sur Václav Havel. Il fut un élément capital lors de la Révolution de velours de 1989 et le combat contre un communisme décidément délétère, et un homme d’Etat tout à fait étonnant, souvent dans le bon sens du terme. Mais sa main ne toucha de loin pas qu’à la politique : Václav Havel compte à son actif une œuvre artistique prolifique et de qualité, si l’on en juge à l’aune des prix qu’il a décrochés. Poète, dramaturge, essayiste à la plume ciselée, l’homme n’a pas à rougir face à Kafka, le plus célèbre écrivain tchèque (de langue allemande). D’ailleurs, en 2010, le prix Franz Kafka de littérature lui fut délivré.
Samuel Beckett lui dédia une pièce de théâtre, l’écrivain suisse-allemand Friedrich Dürrenmatt écrivit et lu un discours intitulé « Pour Václav Havel ». Un président capable de rivaliser avec Bertolt Brecht, c’est rare !


Václav Havel était drôle, très drôle : il possédait un sens de l’humour déroutant, unique, diamantin, qu’il ne manqua pas d’utiliser sur le plan politique – et nous avons dit ici, sur semestra, combien le rire avait de valeur. Imaginez-le maintenant se déhancher comme un diable sur du bon rock sixties. Ridicule ? Pas sûr : notre cher président appréciait tout particulièrement un certain groupe rock très peu catholique : les Velvet Underground. Comme quoi, tout est possible et l’habit n’empêche pas la vie !


Symboliquement, l’année 2011 compta un 25 décembre peut-être moins important que le 23 décembre. L’avant-veille de Noël célébra les funérailles de Václav Havel. Entre les simagrées d’un Benoît XVI définitivement décati, pape d’une Eglise plus noire que blanche, et l’adieu adressé au « président-philosophe » au Château de Prague, le choix semble vite fait.


Tout cela pour quoi, me direz-vous ? Et les étudiants ? Tout cela, sans doute, pour faire passer un message : n’oublions pas que tout est possible, que dans la contingence nous pouvons dessiner librement notre destin, et préférons peut-être, au grégaire « Je suis la lumière du monde » du Christ, l’invincible, l’ « Invictus » « Je suis le maitre de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme. » d’un dénommé William Ernest Henley.


Ce n’est en tout cas pas l’université qui formera l’étudiant ; c’est à l’étudiant de se donner la forme qu’il voudra bien se donner.

Tags: Lumières, Raphael Fleury, Thème du mois, Václav Havel
Article paru le 25.01.2012 à 11:10 Uhr

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